LES SÉMAPHORES
(Lettre n°9) "J’ai encore admiré sur les draps trempés de nos vices, le vin de nos fièvres couler tout le long de tes cuisses."
Les sémaphores
L’air est chaud et moite
dans nos poumons étouffés
La chambre dense
fait pousser les branches
auxquelles je peux m’agripper
Le silence
immobile
Ton écho
sans fin
Une accalmie
dans l’eau-forte
de nos desseins
Tes mains se remplissent
tes ongles tremblent
Quand tu te relèves
l’odeur de nos corps
baigne tes plages
redevenues pastel
J’ai suivi alors
les lignes rondes
les sémaphores
de ton visage animé
J’ai encore admiré
sur les draps trempés
de nos vices
le vin de nos fièvres
couler tout le long
de tes cuisses
Par tes avenantes façons
je me laisse emporter
dans l’épuisant frisson
dans cette faim d’aimer
Cinq doigts se referment
écartant les voiles
tu soumets ton poignet
à la poésie de tes râles
Les paupières demi-closes
éloignant un peu plus le sommeil
tu caresses les larmes du soleil
inondant l’amant puis sa prose
Dans tes reins
l’éternité
Sur tes seins
encore mouillés
les reflets illuminent la prairie
sur laquelle je te rêve
Tu ne désires ni mon bras
ni mon encre
seulement mon regard
glissant sur ton ventre
En toi rougit la braise
elle dévore ta chevelure
habille tes lèvres pleines
Je veux me jeter dans l’abîme
Entier dans le plaisir
que tu t’es tant donné
La torpeur part en fumée
étendue dans le santal
délice de ta propre étreinte
J’aimerais qu’il ne reste plus rien
du futur et du passé
mais si la scène s’éteint
seulement que tu jouisses
sur mes cendres dorées
Tu déposes en moi
la chaleur du velours
Notre jardin, ton détroit
dont toi seule connaît l’amour
C’était au beau milieu de l’hiver que j’ai écrit ce texte. Pris entre la morsure du froid et les griffes de l’humidité. Alors pour me réchauffer je suis allé chercher en moi les chaleurs moites. Celles qui reste profondément ancrées dans mon cerveau et dans mon ventre. Je suis allé chercher le rêve et l’oubli par les sens. Le beau et l’envie par essence.
Suivez, vous aussi, les gouttes d’eau qui perlent sur les corps qui aiment.
JEAN GENET - J’ai tué pour les yeux bleus d’un bel indifférent
J’ai tué pour les yeux bleus d’un bel indifférent
Qui jamais ne comprit mon amour contenue,
Dans sa gondole noire une amante inconnue,
Belle comme un navire et morte en m’adorant.
Toi quand tu seras prêt, en arme pour le crime,
Masqué de cruauté, casqué de cheveux blonds,
Sur la cadence folle et brève des violons
Égorge une rentière en amour pour ta frime.
Apparaîtra sur terre un chevalier de fer
Impassible et cruel, visible malgré l’heure
Dans le geste imprécis d’une vieille qui pleure.
Ne tremble pas surtout devant son regard clair.
Cette apparition vient du ciel redoutable
Des crimes de l’amour. Enfant des profondeurs
Il naîtra de son corps d’étonnantes splendeurs,
Du foutre parfumé de sa queue adorable.
Rocher de granit noir sur le tapis de laine,
Une main sur sa hanche, écoute-le marcher.
Marche vers le soleil de son corps sans péché,
Et t’allonge tranquille au bord de sa fontaine.
Chaque fête du sang délègue un beau garçon
Pour soutenir l’enfant dans sa première épreuve.
Apaise ta frayeur et ton angoisse neuve.
Suce mon membre dur comme on suce un glaçon.
Mordille tendrement le paf qui bat ta joue,
Baise ma queue enflée, enfonce dans ton cou
Le paquet de ma bite avalé d’un seul coup.
Etrangle-toi d’amour, dégorge, et fais ta moue!
Adore à deux genoux, comme un poteau sacré,
Mon torse tatoué, adore jusqu’aux larmes
Mon sexe qui se rompt, te frappe mieux qu’une arme,
Adore mon bâton qui va te pénétrer.
Il bondit sur tes yeux; il enfile ton âme,
Penche un peu la tête et le vois se dresser.
L’apercevant si noble et si propre au baiser
Tu t’inclines très bas en lui disant : “ Madame! “
Madame écoutez-moi! Madame on meurt ici!
Le manoir est hanté! La prison vole et tremble!
Au secours nous bougeons! Emportez-nous ensemble,
Dans votre chambre au ciel, Dame de la merci!
Appelez le soleil, qu’il vienne et me console.
Etranglez tous ces coqs! Endormez le bourreau!
Le jour sourit mauvais derrière mon carreau.
La prison pour mourir est une fade école.
Alors voilà, cette personne qui regarde dans la plus belle des directions, c’est moi. Je vis à Nantes et je suis jardinier. Quand il me reste un peu de temps je fais de la musique avec ma famille de coeur : GIVERZZ et L’An2000. La photographie continue de m’obnubiler depuis 2018 et c’est pour cela que je vous en ajoute quelques-unes dans mes lettres. Si ça vous intéresse, ça se passe par ici : wandy_giraud. À côté de ça, j’écris. Dès que je peux. Dans le train, dans mon lit, dans un café, dans un carnet ou dans un téléphone. Pour aller où ? Je n’en sais pas plus que vous. Mais allons-y ensemble.
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Merci d’avoir passé ce temps avec moi en lisant les petites absences.
On se retrouve bientôt dans votre boîte aux lettres.
Si vous n’avez pas lu ma lettre n°8, ça se passe par ici :








Si beau 🩵